Les fonctionnaires ont toujours une langueur d’avance. Zoé Shepard en fait un roman tordant qui nous aiguise l’apathie. Sale quart d’heure pour le « service public » sous la bannière duquel défilent régulièrement les foules : un livre raconte, au jour le jour, la vie de ce fameux mammouth. Absolument désopilant.
Avec une franchise à faire tomber les dents, Zoé Shepard montre des services entiers qui passent leur vie à « décompresser », c’est-à-dire à patrouiller entre la machine à café, la photocopieuse, les toilettes et la terrasse où en griller une. Son héroïne est chargée de mission auprès du directeur des Affaires internationales de la mairie d’une très grande ville. Officiellement, on est dans la région parisienne, mais on se doute qu’en réalité on est dans le Sud-Ouest car, fin octobre, à l’ouverture de la chasse, tout le monde disparaît.
Le reste du temps, on se réunit, on synthétise des rapports, on fait des statistiques, on établit des tableaux de bord et, pour tout dire, on tue le temps. Sauf à installer des lits dans les couloirs, il est humainement impossible de ralentir le rythme. A en croire Zoé Shepard, il faut un bon mois à tous pour faire leurs 35 heures.
Très drôle et très vache
Dans ce cadre, un salarié normal réclamerait des litres de café pour ne pas sombrer dans le coma. Notre fonctionnaire, elle, survit en branchant son esprit critique sur pilotage automatique. Très méthodique dans le dénigrement, elle a l’impression de patauger dans un écosystème de larves cérébrales. Nul ne lui échappe. Ni l’assistante bête comme un balai sans poils, ni le maire, qui parle pour ne rien dire devant une cour hochant la tête d’un air pénétré. Je vous le répète, c’est très drôle. Et très vache.